Le témoignage

17.02.2011

Pascal, Laurent, vignerons champenois (Champagne-Ardenne)

Le lien jamais rompu entre lycée d'Avize et vignoble

Le lycée viticole d'Avize (51) et son exploitation viticole sont un cas unique en France dans leur façon de transmettre entre les générations, la noblesse d'un métier. Les anciens élèves devenus viticulteurs en AOC Champagne adhèrent, s'ils le souhaitent, à la Coopérative des Anciens de la Viticulture, livrent du raisin à cette structure du lycée, et peuvent, ainsi maintenir le lien avec les jeunes en formation.

Voici les témoignages, empreints d'humanité, de deux d'entre eux.

Pascal FératPascal Férat, ancien élève du Lycée Viticole de la Champagne et actuel Président du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne

« Je suis rentré au lycée d’Avize en 1973 en cycle de formation  BTAO. Mon père était déjà élève au lycée juste après la guerre. On y venait déjà chercher de la connaissance pour progresser, et on y croyait déjà.
En 1976, j’intègre le BTSA VO à Beaune parce-qu’il n’y avait que Beaune, Montpellier et Bordeaux qui réalisaient cette formation. Sorti avec le BTS en poche en 1978, j’avais la volonté de m’inscrire en fac d’œnologie mais le directeur du lycée d’Avize, Henri Miquel, m’a proposé de devenir enseignant au lycée.
Jusqu’en 1985, je suis donc enseignant en viticulture-œnologie sur le lycée.
A cette époque, je dois faire le choix de l’installation viticole comme activité principale pour reprendre l’exploitation familiale. Je reste cependant formateur du CFPPA jusqu’à la fin des années 80. En 1990, je suis élu Président de la coopérative viticole de la Goutte d’Or à Vertus.
Antérieurement, en 1978, j’avais pris l’engagement affectif d’adhérer à la coopérative viticole des anciens du lycée dont je suis toujours adhérent. C’était, à mes yeux, inconcevable de ne pas l’être, car c’est un exemple unique d’engagement des professionnels d’un vignoble dans la formation pratique de ses futurs techniciens et exploitants. Il n’y a pas d’autre exemple de ce type ailleurs. C’est un vrai outil de solidarité où les anciens aident les jeunes à se former. C’est naturel d’y adhérer.
Rentré à la fédération des coopératives vinicoles de la Champagne en 1991, au bureau en 1993, j’en deviens président de 2000 à 2006.
Parallèlement élu au Syndicat Général des Vignerons de la Champagne en tant que représentant de ma petite région dès 2002, j’en deviens président en février 2010.

Depuis mon départ, le lycée a terriblement changé, les BTS sont apparus en viticulture-œnologie, en techniques commerciales et ça a permis d’accompagner les besoins de nos exploitations et de la profession. Le lycée a grossi et il y a de plus en plus de filles. A l’époque, il n’ y avait que trois filles dans le lycée (20 % des effectifs aujourd’hui). C’est bien, parce qu’en parallèle le métier s’est féminisé, marginalement cela a aussi permis de générer des couples de passionnés !

Pour demain, je demande au lycée de former d’un côté, des viticulteurs pragmatiques dans l’exercice de leur métier dans un esprit d’ouverture intellectuelle ; d’un autre côté, on a besoin de former des salariés que l’on a du mal à trouver, former des gens passionnés par le métier de la terre, ayant envie d’accompagner la production d’un vin à notoriété mondiale. Grâce au CFA, il faudra aussi relancer l’apprentissage comme voie de formation au service des exploitants qui doivent aussi s’engager pleinement dans cette mission. Moi-même, j’ai formé de nombreux apprentis dont deux que j’ai conservés comme salariés, mais tous ont aujourd’hui trouvé de belles places dans le vignoble dont un s’est même installé sur les terres de son employeur lors de son départ à la retraite ».


Laurent BouyLaurent Bouy, ancien élève du Lycée Viticole de la Champagne, actuel Président de la Coopérative des Anciens de la Viticulture – Champagne SANGER

« Je suis rentré en 1967 à 14 ans en 4ème puis en 3ème, puis en BEPA suivi d’un BTAO pour achever mon parcours de formation sur un BTSA V-O à Beaune (le lycée d’Avize ne faisant pas cette formation à cette époque-là).
A cette époque, je voulais être soit cuisinier soit vigneron. Mon père était vendeur de raisins au kilo mais je voulais faire du vin. En rentrant de Beaune, j’ai commencé à vinifier quelques milliers de bouteilles et j’ai développé cette activité par la suite.
Le Lycée Viticole m’a apporté le relationnel. A cette époque, c’était un petit établissement où la discipline régnait de mains de fer. J’ai appris cette discipline de respect des autres et de ponctualité.
Je suis rentré dans la coopérative viticole des anciens du lycée en 1991 comme adhérent. Mon exploitation viticole était alors en plein développement et je voulais rendre au lycée ce que j’avais reçu par cette adhésion et perpétuer ainsi l’action engagée depuis 1952 par les anciens au profit du lycée. En 1967, la coop produisait 30000 bouteilles, 90000 bouteilles quand j’y suis arrivé comme coopérateur et aujourd’hui plus de 130000 bouteilles en tant que président (fonction prise en 2004 en même temps que l’arrivée du directeur actuel).
Aujourd’hui, je vois la formation du lycée plus diversifiée (économique, commerciale) mais peut-être moins tournée vers les gestes de base de la viticulture et de l’œnologie qu’à notre époque. Il faut dire qu’il y a eu d’énormes évolutions technologiques et techniques autour de la production de la vigne et du vin. En quarante ans, le lycée est passé du stade artisanal à une action marquée dans son époque et ses enjeux de production durable avec un outil de travail exceptionnel bien mis en valeur dans les cours pratiques des élèves et étudiants actuels du lycée. Il ne faudra pas oublier la base du métier dans les vignes et dans les caves pour les générations à venir ».